30 September 2026

En 2026, Caterham fait presque figure d’ovni dans l’industrie automobile. Alors que les voitures modernes ne cessent de grossir, de s’alourdir et de s’électrifier, le petit constructeur anglais continue de proposer des engins uniques, entièrement tournés vers le plaisir de conduite, tout en conservant un esprit d’antan hérité de leur ancêtre, la légendaire Lotus Seven. Pour vous faire découvrir cet univers à part, Wheels And You prend le volant de l’entrée de gamme 170S ainsi que de la 340R SV, une version plus musclée et dotée du châssis large.

  • 3 cylindres, turbo, essence, 660 cm3
  • 4 cylindres, essence, 1’999 cm3
  • 85 ch à 6’500 t/min
  • 173 ch à 7’250 t/min
  • 116 Nm de 4’000 à 4’500 t/min
  • 175 Nm à 6’000 t/min
  • Vitesse maxi : 169 km/h
  • Vitesse maxi : 209 km/h
  • Poids : 465 kg
  • Poids : 550 kg
  • Prix dès CHF 44’100.-
  • Prix dès CHF 66’560.-


Texte : Sébastien Morand / Photos : Matthieu Giraudier


Difficile de faire plus dépaysant lorsqu’on descend d’une automobile actuelle pour prendre place dans une Caterham. Ici, pas de grand écran, pas d’assistances qui bipent en permanence, pas d’isolation superflue ou d’équipements qui filtrent les sensations. Tout est réduit à l’essentiel, avec comme seul objectif le plaisir de conduite.

Pour cet essai, nous avons la chance de disposer de deux modèles qui semblent très similaires au premier abord ; mais vous allez le voir, ce n’est pas vraiment le cas. La 170S est l’entrée de gamme, animée par un trois cylindres turbo développant 85 ch, alors que la 340R SV est équipée d’un quatre cylindres développant 173 ch. Cette dernière dispose également du châssis large, identifié par le suffixe SV.

Avant de poursuivre, petit rappel d’histoire. En 1957, Colin Chapman crée la Lotus Seven qui fut produite jusqu’en 1973 sous le badge Lotus. De son côté, Caterham Cars voit le jour en 1959 et devient l’un des plus importants distributeurs de Lotus Seven. En 1973, son fondateur, Graham Nearn, rachète les plans, l’outillage et les droits exclusifs de production de la Seven à Colin Chapman. Je m’arrête là car je pourrais dédier un reportage entier à l’histoire des deux marques. Notons qu’il existe bien d’autres artisans qui ont réalisé des déclinaisons de la Seven. Caterham excepté, le plus connu est sans doute Donkervoort. Les connaisseurs savent que plus que simplement s’en inspirer, Donkervoort propose des évolutions radicales, notamment sur ses modèles les plus récents. Je vous invite d’ailleurs à relire mon essai de la démoniaque D8 GTO-JD70 réalisé en 2020.

A l’extérieur

Esthétiquement, difficile de ne pas tomber sous le charme d’une Caterham ou en son temps, d’une Lotus Seven. La recette traverse les décennies sans prendre une ride. Un long capot effilé, des petites ailes avant indépendantes, les roues placées aux quatre extrémités et un habitacle situé tout en arrière, au ras du sol. Un dessin intemporel, immédiatement reconnaissable, qui respire autant le plaisir de conduire que celui de simplement profiter de l’instant présent.

La confrontation entre nos deux autos permet surtout de mesurer l’impact du châssis SV de la 340R. Avec environ 11 cm de plus en largeur, elle paraît imposante lorsqu’elle est garée à côté de la 170S. Une impression toute relative tant les deux restent minuscules face à la majorité des voitures actuelles. Mais visuellement, la différence est frappante. Avec ses pneus étroits et ses proportions particulièrement compactes, la 170S se profile comme la descendante directe de la Lotus Seven. L’impression est la même avec la 340R SV lorsqu’on ne la place pas côte-à-côte avec la 170S. Néanmoins, le châssis élargi lui donne davantage de présence et gomme légèrement le côté jouet de la 170S.

Deux silhouettes finalement très proches et, même si on garde en tête que la 340R SV est plus puissante, donc logiquement plus performante, vous allez voir qu’il n’y a pas que ça qui change.

A l’intérieur

S’installer dans une Caterham fait déjà partie de l’expérience. On ne monte pas vraiment à bord, on s’y glisse. Pour moi, initialement, il n’y avait d’ailleurs pas de discussion : le choix devait se porter sur un châssis standard, donc étroit, tant il me semble évident qu’il incarne le véritable esprit de la Seven.

Finalement, après une journée à passer de l’une à l’autre, j’avoue remettre en question mon choix premier. C’est d’ailleurs en les comparant directement que j’admets que les quelques centimètres supplémentaires de la SV ne sont finalement pas désagréables. Je m’y sens plus à l’aise, avec une position moins confinée. Mon gabarit n’est pas celui d’un jockey et la déclinaison SV m’est clairement plus appropriée.

La 170S est la plus civilisée dans sa présentation et elle se destine davantage à une utilisation balade alors que la 340R pousse l’ambiance sportive avec, en option, des sièges baquets en carbone et des harnais quatre points. Assis plus bas, je profite encore davantage des sensations délivrées par l’auto. Revers de la médaille, les harnais sont plus contraignants en utilisation routière, comme lorsqu‘une fois attaché, vous réalisez que la clé est restée dans votre poche.

Ne croyez pas pour autant que la 170S est le choix du confort ; elle reste une auto dans le plus pur esprit de la Seven dont l’objectif premier est de procurer du plaisir à son volant. La présentation de l’habitable est réduite au strict minimum : quelques interrupteurs, des compteurs devant les yeux et c’est tout ! Oubliez les systèmes infodivertissement avec GPS, radio DAB et climatisation, ça n’existe pas ici et c’est tant mieux.

Sous le capot

Pour animer la 170S, Caterham installe un minuscule trois cylindres turbo Suzuki de 660 cm³ développant 85 ch pour un couple de 116 Nm, alors que la 340R embarque un quatre cylindres atmosphérique Ford Duratec de 2.0 litres qui distille 173 ch et un couple de 175 Nm. Deux fois plus de puissance sur le papier mais une philosophie un peu différente. Et ne croyez pas que le petit moteur japonais fait figure de parent pauvre, il a de quoi vous surprendre.

Grâce au turbo et au poids plume de la 170S, le trois cylindres répond toujours présent. Il est rond, disponible à tous les régimes et sa souplesse le rend particulièrement agréable en balade. Le 2.0 Ford de la 340R est différent. Atmosphérique, il demande davantage à être exploité haut dans les tours et sa personnalité colle parfaitement à l’orientation plus radicale de l’auto. Il devient alors démonstratif, avec la diabolique impression qu’il ne demande que ça et toujours plus.

Dans les deux autos, une boîte manuelle à cinq rapports accompagne la mécanique. Notons que celle de la 170S dispose d’un débattement très court que j’affectionne beaucoup ; elle est par contre un peu moins précise que celle de la 340R.

Petite précision au sujet des déclinaisons « S » ou « R » : la seconde indique la présence d’un pack qui propose notamment un pont autobloquant. Un atout non négligeable qui me ferait opter sans hésitation pour une version R, disponible aussi bien sur la 170 que la 340.

Au volant

Les premiers kilomètres au volant d’une Caterham suffisent à rappeler à quel point nos voitures modernes filtrent les sensations et, pour être honnête, sont pour la plupart ennuyeuses. Dans nos deux autos, tout remonte au conducteur, autant le revêtement de la chaussée, les vibrations du moteur, les mouvements du châssis et une multitude de bruits divers et variés qui donnent l’impression que le merveilleux engin est en train de se désintégrer. Bien sûr, il n’en est rien mais ça fait partie de l’expérience.

Je débute mes essais par la 170S, voulant privilégier celle qui représente le mieux la Seven d’antan et craignant de me faire enivrer par les performances de la 340R. La première chose qui me marque, c’est sa direction incroyablement directe. Comme dans un kart, le moindre mouvement du volant entraîne immédiatement une réaction et il me faut quelques kilomètres pour m’y habituer. Avec ses pneus étroits, son gabarit minuscule et ses seuls 465 kg (contre 550 kg pour la 340R SV), elle semble sautiller d’un virage à l’autre. Mais avant tout – et c’est là peut-être sa plus grande qualité – elle ne nécessite absolument pas de rouler vite pour s’amuser. Sur une petite route, le trois cylindres turbo offre suffisamment de répondant pour maintenir un rythme soutenu et on vit un moment singulier tout en se baladant relativement tranquillement, avec l’impression permanente d’être connecté à la route.

Je m’installe ensuite dans la 340R SV et là, l’ambiance change. Les baquets en carbone brut, qui proposent une assise encore plus basse, donnent directement un ton différent à l’expérience. Avec le châssis SV, les semi-slicks plus larges mais surtout plus performants et la mécanique qui ne demande qu’à faire parler sa puissance, on sent qu’on peut augmenter le rythme. Les trains roulants semblent mieux posés et la voiture invite naturellement à exploiter ses capacités. Là où la 170S joue constamment avec son faible poids et son étroitesse, la 340R procure une sensation de stabilité nettement supérieure. Le Pack R participe évidemment à cette différence et j’ai maintenant très envie de découvrir une 170R ; peut-être une prochaine fois. Pour revenir à la 340R, tout cela ne signifie pas qu’elle est moins plaisante en balade ; elle donne simplement envie de l’exploiter plus intensément. Mais attention, sur routes ouvertes, gare au permis !

La 340R SV me donne davantage confiance lorsque je roule vite. Elle est plus performante, plus stable et son comportement permet d’aborder les courbes à vitesse très soutenue, c’est diabolique. La 170S me semble en revanche plus amusante aux allures usuelles. Avec elle, chaque rond-point ou chaque petite route devient déjà une occasion de sourire, sans craindre de croiser un radar.

Verdict

Conduire une Caterham demeure une expérience automobile à part. Ici, pas question de déléguer à la machine avec les assistances de conduite, c’est au conducteur d’assumer le rôle de seul maître à bord.

Pour ce qui est de choisir entre les deux modèles, c’est moins évident et je réalise alors que la fiche technique n’a que peu d’intérêt. Le choix dépend principalement de l’utilisation prévue et aussi un peu du gabarit de l’acheteur et de son budget. La 170S, disponible uniquement avec le châssis normal, est proposée dès CHF 44’100.-, un prix imbattable en termes de rapport sensations/prix, alors que la 340R SV débute à CHF 66’560.- (CHF 63’650.- pour le châssis normal).

La 340R SV est incontestablement la plus impressionnante, en particulier lorsqu’on hausse le rythme. Son moteur, son châssis et sa position de conduite procurent des sensations exceptionnelles et avaler des kilomètres à son volant est totalement addictif. Sans compter que contrairement à ce que je pensais avant leur comparaison directe, le châssis SV apporte un agrément appréciable sans dénaturer l’expérience.

II demeure pourtant quelque chose de particulièrement attachant dans la 170S. Son encombrement encore plus restreint, son moteur étonnamment volontaire et sa direction hyper directe rappellent constamment que le plaisir automobile ne dépend pas que du nombre de chevaux.

Deux Caterham différentes donc mais une conclusion identique : peu importe la puissance, ces deux autos procurent des sensations qu’il devient aujourd’hui presque impossible de retrouver ailleurs.

Prix et options – Caterham 170S

Prix de base : CHF 44’100.-

• Peinture Premium Caterham Gulf Blue
• Grille « 7 » peinte Ballistic Orange
• Bandes latérales type Swoosh Luminous Orange avec lettrage noir
• Arceau couleur Ballistic Orange
• Sièges en cuir noir
• Pack S
• Pack suspension route
• Volant Momo en cuir à démontage rapide
• Echappement poli
• Panneau arrière moquetté
• Châssis standard
• Plancher abaissé
• Jantes Juno noires 14 pouces avec bord poli
• Bouchon de réservoir type aviation noir
• Black Pack

Prix TOTAL : CHF 48’850.-

Prix et options – Caterham 340R SV

Prix de base : CHF 66’560.-

• Peinture Caterham non métallisée Vintage Green
• Grille « 7 » peinte Firecracker Yellow
• Bandes décoratives triples Firecracker Yellow, avec double liseré blanc et lettrage White
• Arceau couleur carrosserie, Vintage Green
• Sièges baquets compétition en composite noir avec surpiqûres Green et Yellow
• Châssis large SV
• Pack R
• Pack suspensions sport
• Différentiel autobloquant
• Tableau de bord en fibre de carbone
• Harnais routiers 4 points
• Shift light / témoin lumineux de changement de rapport
• Barre antiroulis arrière
• Jantes Apollo noires 13 pouces
• Disques de frein avant ventilés / étriers 4 pistons
• Volant Suede Momo à démontage rapide
• Phares haute intensité avec feux de jour LED
• Coupe-batterie

Prix TOTAL : CHF 75’310.-

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Nos remerciements à Caterham Noville – Leuba Collection pour le prêt de ces Caterham 170S et 340R SV ainsi que pour leur soutien logistique.

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