Essai – Rolls-Royce Spectre Black Badge : Silence, puissance et démesure… difficile d’y résister !
Le label Black Badge fête ses 10 ans ; il fallait pour l’occasion marquer le coup et c’est en proposant la Rolls-Royce la plus puissante jamais produite, de surcroît 100% électrique, que le constructeur de Goodwood le fait avec tous les superlatifs qu’on lui connaît. Wheels And You vous embarque pour un voyage hors du temps à bord de la Spectre Black Badge.

Texte : Sébastien Morand / Photos : Claude-Alain Ferrière
Chez Rolls-Royce, chaque modèle représente le luxe automobile ultime et comme je l’ai relevé dans mes précédents essais, la marque est véritablement hors norme. A mes yeux, aucune comparaison n’est possible avec le reste de la production automobile, il faut le vivre une fois pour s’en rendre compte. Chaque expérience offre un moment unique où le temps semble s’arrêter, chaque déplacement devenant une expérience sensorielle plus qu’un simple trajet.
Avec la Spectre, la marque de Goodwood franchit un cap historique, celui de l’électrification. Mais finalement, chez Rolls-Royce qui fait la part belle au silence, à la fluidité et à l’absence d’effort, l’électricité est moins une révolution qu’une évidence. Dans sa déclinaison Black Badge, la Spectre pimente légèrement l’expérience tout en conservant une volupté sans limite.



A l’extérieur
Si vous vous êtes déjà retrouvé à côté d’une Rolls-Royce, quel qu’en soit le modèle, difficile de ne pas être attiré par sa présence qui impose naturellement le respect. Avec la Spectre qui mesure 5.49 mètres de long pour 2 mètres de large, c’est bel et bien aussi le cas. Parquée à côté de celle qu’elle a remplacé, la Wraith, cette dernière semble presque petite ; pourtant, elle annonce 5.27 mètres de long pour 1.95 mètres de large.
La ligne de la Spectre reste fidèle à l’ADN de la manufacture britannique, avec un capot interminable, un habitacle reculé et une proue majestueuse ornée de la traditionnelle Spirit of Ecstasy, revêtue de noir pour les versions Black Badge. Sa silhouette évoque clairement celles de la Wraith mais aussi de la Dawn, même si pour le moment aucune déclinaison décapotable de la Spectre n’a été officiellement annoncée.
La configuration de notre exemplaire d’essai ne fait qu’accentuer cette aura. J’apprécie tout particulièrement la teinte « Monteverde », profonde et élégante, alliée à la Coachline « Peony Pink » qui apporter une touche d’audace ; c’est aussi ça l’esprit Black Badge. Petit détail qui la renforce également, les pinces de frein rouges qu’on aperçoit derrière les sublimes jantes de 23 pouces.









A l’intérieur
Ouvrir les portes antagonistes de la Spectre Black Badge, c’est pénétrer dans un univers à part. Immédiatement, mon regard est attiré par le célèbre ciel de toit illuminé (Starlight Headliner) mais aussi par les quelques éléments de cuir couleur « Peony Pink » – rappel à la Coachline – qui viennent sublimer un intérieur habillé de noir. Bien évidemment, comme aime à dire le constructeur, la seule limite au choix de la finition de l’habitacle, c’est votre imagination. On aurait donc pu imaginer quelque chose de plus original que le noir mais pour ma part, je trouve qu’il lui sied à merveille.
Une fois installé à bord, je ne peux qu’admirer l’excellence du savoir-faire Rolls-Royce. De la moquette très épaisse, des cuirs d’une souplesse exceptionnelle et une qualité de finition sans défaut. Aucun doute, chaque détail respire le luxe artisanal cher à la marque.
L’équipement est bien évidemment ultra complet et on retrouve tout ce qu’on attend d’une voiture moderne, sans pour autant basculer dans l’excès du numérique. Ici, pas de grand écran tactile et c’est tant mieux. Notons quand même le système de navigation qui intègre la réalité augmentée en utilisant la caméra frontale pour superposer les indications GPS sur l’image de la route.
Mention spéciale au levier de vitesses au volant, conservé malgré le passage à une motorisation 100% électrique. Un clin d’œil à la tradition qui rappelle que Rolls-Royce reste profondément attaché à son héritage. Autre détail que j’aime beaucoup, la sonorité du clignotant qui m’a fait penser à celle d’une grande sonnerie de montre de haute horlogerie. D’ailleurs, les ingénieurs de Goodwood pourraient peut-être pousser la chose encore un peu plus loin afin de rendre cette signature sonore encore plus pure.












Sous le capot
Comme je le mentionnais au début de mon article, la Spectre Black Badge est la Rolls-Royce la plus puissante jamais produite en série.
Sous sa carrosserie sculpturale, l’anglaise cache une architecture électrique composée de deux moteurs qui développent une puissance cumulée de 485 kW (659 ch) et un impressionnant couple de 1’075 Nm transmis aux quatre roues. On peut atteindre ces valeurs en activant respectivement le mode Infinity pour la puissance et le mode Spirited pour le couple. Ce dernier permet d’abattre le 0-100 km/h en 4.1 secondes au travers d’un système de Launch Control. Je dois avouer que même si tout cela est très enivrant, je n’y trouve pas vraiment de sens si ce n’est un argument marketing car en mode Normal déjà, les performances sont largement suffisantes.
Selon la fiche technique, le constructeur promet une autonomie d’environ 530 km et une consommation mixte WLTP d’environ 23 kWh/100km. Sur les quelques 350 km de mon essai, l’ordinateur de bord m’a gratifié d’une moyenne de 25.5 kWh/100km, un résultat plutôt cohérent compte tenu du gabarit et des ressources à disposition.
Mais est-ce vraiment un sujet qui nous préoccupe lorsqu’on roule en Rolls-Royce ? Je ne pense pas. Ce qui peut l’être par contre, c’est que l’expérience des spécialistes de la marque démontre qu’on peut facilement espérer une autonomie réelle de 400 à 450 km, ce qui permet de rejoindre Gstaad sans se soucier d’une éventuelle recharge en chemin.






Au volant
Dès les premiers kilomètres, malgré ses dimensions et son poids, la Spectre impressionne par sa facilité de prise en main. Je l’avais déjà constaté lors de mes précédents essais Rolls-Royce mais à chaque fois, cela me surprend. Les manœuvres restent étonnamment simples grâce à une direction extrêmement démultipliée, aux nombreuses aides à la conduite et surtout aux roues arrière directrices.
La finition Black Badge n’est pas qu’esthétique, elle apporte son lot de caractéristiques spécifiques, avec notamment une direction un peu plus ferme mais aussi plus communicative, des suspensions recalibrées, une réduction du roulis et du tangage ainsi que quelques autres ajustements qui rendent la conduite de la Spectre Black Badge plus engageante, sans être radicalement sportive.
Une fois lancée, le sentiment dominant est celui d’une fluidité absolue. L’absence de vibrations, le silence de fonctionnement et la qualité de filtration des bruits extérieurs transforment chaque trajet en moment de quiétude parfaite. Cela a toujours été un point fort des Rolls-Royce mais avec la motorisation électrique, le ressenti est encore plus étonnant. Bien que je ne sois pas un grand adepte des voitures électriques, je dois reconnaître que l’électrification est parfaitement adaptée à l’univers du constructeur de Goodwood.
En activant les modes Infinity et Spirited, la Spectre Black Badge n’est pas qu’un salon roulant ; les sensations deviennent plus intenses. Lorsque je sollicite la pédale d’accélérateur, l’armada de chevaux répond instantanément et la poussée semble ne jamais s’interrompre. C’est presque irréel pour une voiture de ce poids et j’en oublie totalement ses presque trois tonnes. Enfin, jusqu’au moment où le tracé devient plus sinueux, comme dans le col du Marchairuz qui m’a mené à notre spot photo principal, le magnifique Hôtel des Horlogers au cœur de la Vallée de Joux.
Même si la Spectre Black Badge se montre étonnamment dynamique pour son gabarit, les lois de la physique rappellent qu’il n’y a pas de miracle : sa taille impose une certaine vigilance et même si l’exercice est parfaitement réalisable, la Spectre est plus à l’aise sur les grandes routes ou les autoroutes que dans les lacets d’un col.
Parce qu’il faut bien lui trouver un défaut, j’avoue avoir été gêné à plusieurs reprises par les rétroviseurs extérieurs très volumineux. Leur position, légèrement trop haute, coupe le champ de vision sur les côtés, notamment à l’abord d’un carrefour ou d’un giratoire. Un point de détail étonnant sur une auto aussi soigneusement pensée.












Verdict
Avec la Spectre, Rolls-Royce ne cherche pas à révolutionner l’automobile électrique. Le constructeur britannique fait simplement ce qu’il sait faire de mieux, créer une voiture capable de transformer chaque trajet en expérience unique. L’électrification de la motorisation la rend encore plus exceptionnelle et le luxe automobile atteint son apogée.
La déclinaison Black Badge poursuit la même lignée sans véritablement la révolutionner, en apportant une touche d’audace bienvenue pour attirer une clientèle plus jeune, qui osera des configurations plus originales tout en conservant les valeurs de la marque. Cet héritage qui procure des sensations tellement particulières, sans égales dans le reste de la production automobile.
Croyez-moi, une fois qu’on y a gouté, difficile de ne pas y succomber, sauf bien évidemment au moment d’en discuter avec votre banquier qui vous rappellera qu’une Rolls-Royce n’est pas à la portée de toutes les bourses. L’excellence à un prix et même s’il peut parfois paraître démesuré, il est à mes yeux parfaitement justifié.









Prix et options – Rolls-Royce Spectre Black Badge
Prix de base : CHF 506’860.-
Exterior : “Monterverde”
Interior : Primary “Black”, Secondary “Peony Pink”
Veneer : Black Badge Technical Fibre
Single Coachline (Peony Pink)
Uplit Spirit of Ecstasy
Rolls-Royce Bespoke Audio
Shooting Star Headliner
Front Ventilated and Massage Seats
Heated Passenger Surround
RR Monogram to all Headrests
Extended Piping
Seat Piping
Coloured IP Inner Stitch
Leather Finishing Pack
Starlight Doors
Illuminated Fascia
Alternate Clock
Electronic Driver Assistance
Illuminated Treadplates
Lambswool Footmats
Visibles VIN Plate
Rear Privacy Glass
Signature Key
Prix TOTAL : CHF 624’960.-



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Nos remerciements à Rolls-Royce Motor Cars pour le prêt de ce Rolls-Royce Spectre Black Badge, ainsi qu’à Rolls-Royce Motor Cars Geneva (Pegasus Automotive Group) pour leur soutien logistique.
Merci également à l’Hôtel des Horlogers au Brassus pour leur accueil à l’occasion de notre séance photos.















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